//
vous lisez...
Archéologie mexicaine, El Tajin, Epiclassique, Iconographie, Veracruz

Une dalle sculptée retrouvée à El Tajin, Veracruz

L’INAH revient aujourd’hui longuement sur une découverte faite à la fin 2010 dans le lit d’un ruisseau situé sur le site d’El Tajin, au Veracruz. Bien que légèrement érodée, cette pièce contient différents éléments iconographiques qui ont mis la puce à l’oreille des archéologues travaillant sur le site.
L’information (mal) reprise par El Universal nous offre des détails intéressants sur une sculpture dont le style s’apparente à celui des rares reliefs qui décoraient autrefois les parois du Temple des Niches. D’ailleurs la pierre travaillée gisait dans l’eau à moins de 100 mètres de cette structure. Longue de 86 cm, large de 61 cm et profonde de 15 cm, elle est sculptée en bas-relief.

Ill. 1. Tablero sculpté, grès, Epiclassique, El Tajin, Veracruz

On peut en effet observer un personnage dont le visage est de profil et le corps de face. Chose curieuse, il possède deux bras gauches tandis que son bras droit n’est pas visible. Selon David Andrade Olvera, archéologue travaillant à El Tajin, certains éléments iconographiques représentés sont proches de ceux visibles sur le tablero 28 retrouvé dans les années 80 (Ladron de Guevara, 2010 : 72-74). C’est notamment le cas de la coiffe rectangulaire portée par les deux personnages. En revanche le nouveau venu porte des pendants d’oreilles différents, un collier fait de pièces trapézoïdales et des bracelets. Enfin « il est vêtu un jupon réticulé ceint d’un double corset noué par une frange qui retombe sur le devant », selon la terminologie employée par Andrade Olvera. Enfin, sur la partie inférieur de la pierre, on peut noter la présence d’une série de chalcihuites, des pierres de jade symbolisant l’eau.

Ill. 2. Pyramide des Niches, El Tajin, Veracruz, Epiclassique.
Photo B. LOBJOIS, prise le 9 novembre 2004.

Risquons-nous à quelques commentaires, notamment en ce qui concerne les deux bras gauches. Cette convention artistique est loin d’être isolée en Mésoamérique. Ainsi, dans certains codex, il n’est pas rare de voir certains personnages dont les bras sont représentés de la même manière. Pablo Escalante Gonzalbo y consacre d’ailleurs tout un chapitre dans un ouvrage récemment publié (2010 : 259-280). Il prend  pour exemple ce détail de la planche 17 du Codex Nutall : un homme tient un encensoir et un os utilisé pour l’autosacrifice, à centre-gauche. Ces bras sont gauches. Comme Escalante Gonzalbo, nous pensons que l’artiste n’a pas cherché à donner une vision naturaliste du corps humain. Au pire, il s’agissait de travailler plus efficacement, sinon de l’expression d’un style de représentation.

Ill. 3. Codex Nuttall, pl. 27. Disponible le 12/02/2011 sur : 

En ce qui concerne la présence d’un serpent gravé à l’arrière de la tête du personnage, il s’agit là aussi d’une représentation commune et répandue en Mésoamérique. Les exemples les plus marquants en sont notamment les processions de guerriers sur les banquettes de la Maison des Aigles (Templo Mayor), celles de l’Edifice B (Tula) ou du Mercado (Chichen Itza), mise en valeur par de nombreux chercheurs (Lopez Lujan et Lopez Austin, 2010 : 310-321 ; Lobjois, 2002, Baudez et Latsanopoulos, 2010). Il s’agit probablement de la représentation du nahual de ce personnage, son double animal. Or le serpent ainsi représenté semble souvent indiquer le rang social de la personne qu’il « détermine ». On peut donc déduire que les attributs de ce personnage lui donne une importance toute particulière.

Pour les futurs visiteurs d’El Tajin, sachez que la pièce sera présentée ce mois comme « Pièce du mois », avant d’être intégrée définitivement aux collections permanentes du musée de site. En attendant; vous pouvez voir ce petit reportage de la chaîne mexicaine Televisa et disponible sur Youtube.

Bibliographie :
Baudez, Claude-François & Nicolas Latsanopoulos.
2010. « Political Structure, Military Training and Ideology at Chichen Itza ». In Ancient Mesoamerica, 21, Fall 2010, CUP, Cambridge, p. 1-20.
Escalante Gonzalbo, Pablo.
2010. Los códices mesoamericanos antes y después de la Conquista española. Fondo de Cultura Económica, Mexico.
Ladron de Guevara, Sara.
2010. El Tajín. La urbe que representa el orbe. Sección de obras de historia, Fideicomiso Historia des las Américas, Fondo de Cultura Económica-Colegio de México, Mexico.
Lobjois, Bertrand.
2002. Les représentations du serpent à plumes à Chichen Itza. Mémoire de DEA, Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris.
Lopez Austin, Alfredo et Leonardo Lopez Austin.
2010. Monte sagrado – Templo Mayor. El cerro y la pirámide en la tradición religiosa mesoamerica. INAH-UNAM, Mexico.
Nuttall, Zelia.
1903. Codex Nutall. Facsimile of an ancient Mexican codex belonging to Lord Zouche of Harynworth, England with an introduction by Zelia Nutall. PMAAE, Harvard University, Cambridge.
Pascual Soto, Arturo.
2006. El Tajín: en busca de los orígenes de una civilización. IIE-UNAM, Mexico.

À propos de mexiqueancien

Etudiant-chercheur

Discussion

Pas encore de commentaire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :