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Archéologie précolombienne, Archéozoologie, Rites, Teotihuacan

Quand les Teotihuacains croisaient des animaux à des fins rituelles

Quand nous avons vu cette information, nous avons immédiatement pensé à notre collègue et ami Nicolas Latsanopoulos. Excellent dessinateur, N. Latsanopoulos est intervenu sur différents projets de l’UMR 8096 Archéologie des Amériques et/ou du CEMCA au Mexique, principalement en pays maya et plus récemment au Michoacan. Cette note lui est dédiée, lui qui s’intéresse à l’iconographie des canidés à Teotihuacan.

Pour bien comprendre les résultats de la recherche exposés par l’INAH sur son site, il convient de citer la définition de l’archéozoologie. Cette branche de l’archéologie doit être distinguée de la paléontologie. Si on se réfère à la définition proposée sur le site de l’UMR 7209, la zooarchéologie cherche à :

…contribuer à documenter les dynamiques historiques des interactions qui lient nature et culture au sein de l’anthroposystème. Elle le fait dans un constant souci d’interdisciplinarité, en étroite connexion avec les autres disciplines intéressées à cette problématique : écologie, systématique, biogéographie, ethnologie, histoire par les textes, iconologie. En documentant ce champ de connaissance, elle contribue à l’histoire de la biodiversité comme à l’histoire des sociétés.

Une des plus frappantes et des plus récentes applications de la zooarchéologie est présentée dans cette note proposée sur le site de l’INAH. On apprend ainsi qu’une équipe dirigée par Raúl Valadez Azúa, archéozoologue à l’UNAM, a découvert un hybride chien et loup, suite à des analyses effectuées sur des ossements de canidés retrouvés dans l’enterrement 6 de la Pyramide de la Lune, en 2004. Ces analyses ont été élargies à des ossements mis au jour sous la Pyramide de Quetzalcoatl il y a plusieurs années. Pour être plus précis, dans l’offrande 4, dix-huit individus (probablement des guerriers) avaient été retrouvés avec les pieds et les mains liés. L’un d’entre eux portait un collier fabriqué à partir de palais et de dents qui avait été identifiées dans un premier temps comme celle de chien.

Mais après une série de mesures effectuées sur ces pièces, huit maxillaires se sont révélés appartenir à des hybrides de chien et de loup, loberro qu’on pourrait traduire par « chiou »; trois à des chiens, et  deux autres à des croisements coyote-loberro. Tous ces éléments  montrent que les Teotihuacains savaient croiser les espèces. Il savait qu’il était impossible de domestiquer, même en le soustrayant à sa meute. Dès lors les louveteaux n’avaient qu’une espérance limitée à six mois, comme en témoignent les différents ossements de spécimens enterrés vivants comme offrandes sous la Pyramide de la Lune.

Cette découverte a amené Raul Valadez Azua et son équipe à s’interroger sur la place du loup dans la pensée et la vie teotihuacaine. Elle appelle aussi à reconsidérer toutes les études et recherches qui, pendant quarante ans, ont trop souvent identifié la présence de canidés comme celle de coyotes. L’archéozoologue estime même que pour chaque os de coyote retrouvé, on en trouve vingt de loup.

Parallèlement les travaux de l’équipe de Valadez Azua ont portés sur les pumas et aigles retrouvés dans l’enterrement 6 de la Pyramide la Lune : les bols estomacaux de certains ont révélé la présence de lapins cuits. Cela sous-entend que ces animaux auraient vécu en captivité, nourris par les habitants, avant d’être sacrifiés ou enterrés vivants. Cela indique aussi leur importance symbolique puisqu’ils avaient tous un lien plus ou moins proche avec le pouvoir.

Références bibliographiques

LATSANOPOULOS, Nicolas. 2008. « Dent de loup et cœur de cerf : observations sur la place de l’animal dans l’idéologie de la guerre et du sacrifice à Teotihuacan », Journal de la société des américanistes [En ligne], 2008, 94-2, mis en ligne le 05 janvier 2013, Consulté le 16 décembre 2010. URL : http://jsa.revues.org/index10558.html .

HORARD-HERBIN M.-P. & VIGNE J.-D., dir., 2005. Animaux, environnements et sociétés. Paris : Errance, (coll. « Archéologiques » A. Ferdière). 191 p.

VANDERWARKER, Amber M. et Tanya M. Peres. Integrating Zooarchaeology and Paleoethnobotany: A Consideration of Issues, Methods, and Cases. Springer-Verlag, New York.

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’archéozoologie, cliquez sur ce lien. Vous pouvez également consulter la page de l’UMR 7209, « Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements » (CNRS-MNHN).

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