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Archéologie mexicaine, Ma pomme, Mots, Templo Mayor, Tlaltecuhtli

Quoi de neuf au Templo Mayor de Mexico ?

The Star est un quotidien canadien de Toronto. Sur son édition en ligne du 16 juin 2009, on peut y lire un article de Leslie Scrivener sur l’avancée des fouilles à l’endroit où était placée le grand monolithe de Tlaltecuhtli. Le titre est un rien tapageur, comme souvent dans la presse généraliste : « Lost Aztec tomb lies under Mexico City ». Ce dernier retombe à plat dès le premier paragraphe quand Scrivener utilise l’adjectif « likely », à traduire par vraisemblable. Ah les effets d’annonces qu’il faut faire pour vendre du papier ! D’ailleurs le très sérieux Times annonçant la prochaine exposition Moctezuma au British Museum, proposait un article similaire sur son site web la semaine passée.

Il faut dire que l’auteur a eu l’occasion d’interviewer l’archéologue Leonardo Lopez Lujan et de lui poser des questions plus ou moins pertinentes. L’une d’elles concerne la lenteur de l’avancée des fouilles. Lopez Lujan rappelle à juste titre que le terrain n’aide pas les archéologues : gorgé d’eau, il faut pomper en permanence ce qui rend la tâche encore plus ardue, notamment en ce qui concerne la préservation des restes et des objets découverts. Il ne faut pas oublier que Tenochtitlan reposait au milieu de la lagune et donc qu’elle n’avait pas un sous-sol solide. Même après les différents travaux d’assèchement, il reste des poches d’eaux souterraines.

L’archéologue Ximena Chavez Balderas,
en train de récupérer des échantillons de matières organiques sur le monolithe de Tlaltecuhtli.
Crédit : INAH-Proyecto Templo Mayor.
Retrouvée le 16 juin 2009 sur
http://media.thestar.topscms.com/images/a0/5f/4901a74f436690a8d1a104d332a1.jpeg

Cependant Lopez Lujan rappelle la belle découverte réalisée il y a peu par son équipe : un squelette de canidé (pas nécessairement un chien d’ailleurs), des pendants d’oreilles en turquoise, un collier de jadéite et une clochette en or. La présence de cet animal psychopompe, c’est à dire « accompagnateur des âmes » selon l’étymologie grecque, tend à renforcer l’hypothèse d’une tombe, certainement d’un personnage important. Ces objets s’ajoutent aux 4 conteneurs comptant environ les 3000 objets retrouvés depuis le début des fouilles en 2007.

Expliquant que, sous ses offrandes, des sceaux de plâtre en parfait état bloquaient le passage, le scientifique mexicain estime que ce qui se cache derrière n’est pas inondés. Il s’avance même à énumérer ce que son équipe va découvrir : « les restes incinérés d’un ou plusieurs souverains, des nains, des albinos, des musiciens sacrifiés lors des funérailles ».

Convaincu qu’en cet endroit reposent les restes de plusieurs tlatloques, Lopez Lujan estime qu’en aucun cas, il ne peut s’agir des restes de Moctezuma. Sa mort, pour laquelle plusieurs versions ont été présentées, n’aurait pas été suivie d’une cérémonie funéraire traditionnelle : une fois son corps incinéré, ses cendres ont été bues par les personnes qui assistaient aux funérailles.

Nous respectons énormément le travail fait par le Dr Lopez Lujan. Il dirige une équipe compétente et professionnelle, consciente d’avoir peut-être à découvrir l’un des plus grands trésors de l’histoire mexicaine et peut-être de l’humanité. Mais comme nous l’avons déjà manifesté sur ce blog, ses déclarations, bien que sorties de leur contexte, ne font pas état de prudence et de relativité. Nous espérons sincèrement qu’il découvrira ce qu’il prétend découvrir.

La référence aux sources coloniales pour rapporter les circonstances des funérailles de Moctezuma pose également problème. Ximena Chavez Balderas, éminente collègue de Lopez Lujan sur ce chantier, rapporte dans son ouvrage sur les rituels funéraires au Templo Mayor, que les corps ne pouvait être complètement incinérés et qu’il restait toujours des fragments osseux.

A l’instar de notre collègue et ami, livrons-nous au jeu des hypothèses. Si on découvre le corps de plusieurs individus, les différents ornements ne permettront pas une identification complètement sûre. Et pour peu que plusieurs corps portent des ornements indiquant un même statut, une identification ADN permettrait d’établir un lien de parenté directe. Mais cela ne suffirait toujours pas à déterminer clairement l’identité des individus, sauf peut-être en comparant cet ADN à des descendants actuels de la famille royale de Tenochtitlan. Mais le recoupement par ADN sera encore plus dur à faire si on découvre uniquement des urnes funéraires contenant des cendres ou des fragments osseux exposés aux flammes.

Bref, nous n’osons pas imaginer que le Dr Lopez Lujan n’ait pas pris en considération ces hypothèses, au risque peut-être d’aller au devant de certaines désillusions, en dépit de tout le matériel déjà découvert et qui attend toujours d’être analysé, étudié, observé et commenté. Car une autre erreur serait de ne pas laisser les chercheurs nationaux et internationaux accéder à ce matériel qui contribuera sans doute à une meilleure connaissance de la civilisation mexica.

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